Concept d'équilibre fiscal et de stratégie d'épargne entre différentes enveloppes d'investissement
Publié le 17 mai 2024

La meilleure enveloppe fiscale n’est pas celle qui promet 0% d’impôt, mais celle qui offre le rendement net le plus élevé après application de votre fiscalité personnelle (TMI).

  • Le PEA est imbattable pour le rendement des actions si votre TMI est élevé et que vous visez le long terme, malgré les prélèvements sociaux.
  • L’assurance vie reste le couteau suisse indispensable pour sa liquidité, son abattement fiscal unique et ses avantages successoraux.
  • Le PER est une arme de défiscalisation massive à l’entrée, mais son coût fiscal à la sortie doit être anticipé, surtout si votre TMI baisse à la retraite.

Recommandation : Calculez systématiquement votre « point de bascule fiscal » pour arbitrer intelligemment vos versements entre ces trois enveloppes et ne plus subir la fiscalité, mais la piloter.

Face au triptyque de l’épargne française – PEA, assurance vie, PER – le contribuable averti se pose une question lancinante : où placer mon argent pour qu’il travaille le plus efficacement, loin de la ponction fiscale ? La réponse commune consiste à réciter des mantras bien connus : le PEA pour la Bourse, l’assurance vie pour la transmission et le PER pour la retraite. Ces affirmations, si elles ne sont pas fausses, sont dangereusement incomplètes. Elles occultent le facteur le plus déterminant de votre performance finale : le rendement net net, c’est-à-dire ce qu’il vous reste réellement en poche après impôts et prélèvements sociaux.

La véritable optimisation ne réside pas dans un choix statique, mais dans une stratégie dynamique. Il ne s’agit pas de savoir si le PEA *est* meilleur que l’assurance vie, mais de calculer *à partir de quel rendement et pour quel Taux Marginal d’Imposition (TMI)* il le devient. L’erreur est de considérer ces enveloppes comme des silos indépendants. Le succès, lui, vient de leur orchestration. Il faut cesser de penser en termes de « produit » et commencer à raisonner en termes de « flux de capitaux » et de « coût d’opportunité fiscal ».

Cet article n’est pas un énième comparatif des règles de base. C’est un guide de calcul stratégique. Nous allons décomposer les mécanismes qui vous permettront de modéliser votre gain réel, d’identifier les points de bascule fiscaux et de construire une architecture patrimoniale où chaque euro est placé dans l’enveloppe qui maximise son potentiel de croissance nette. Oubliez les idées reçues ; sortez vos calculatrices.

Pour vous guider dans cette analyse fiscale pointue, nous aborderons les calculs et les stratégies qui vous permettront de faire des choix éclairés. Voici le détail de notre feuille de route pour une optimisation patrimoniale réussie.

Pourquoi l’assurance vie après 8 ans bat le PEA et le compte-titres sur la fiscalité des rachats ?

Sur le papier, l’exonération d’impôt sur le revenu du PEA après 5 ans semble imbattable. Pourtant, lorsqu’il s’agit de puiser dans son épargne, l’assurance vie de plus de huit ans révèle une supériorité tactique souvent sous-estimée. Sa force ne réside pas dans une exonération totale, mais dans un mécanisme d’abattement annuel qui offre une souplesse inégalée. Chaque année, un épargnant peut retirer jusqu’à 4 600 € de plus-values (9 200 € pour un couple) en franchise totale d’impôt sur le revenu. Seuls les prélèvements sociaux de 17,2% restent dus. Pour des retraits réguliers ou un besoin de revenus complémentaires, cet abattement renouvelable constitue un avantage considérable sur le PEA, qui ne propose aucun mécanisme similaire.

Cet avantage fiscal, couplé à des versements illimités et une transmission hors succession avantageuse, explique pourquoi ce placement reste central dans le patrimoine des Français. Avec des encours qui tutoient les sommets, comme le confirme France Assureurs qui annonçait près de 1 989 milliards d’euros à fin 2024, son rôle structurant n’est plus à démontrer. Au-delà de l’abattement, même les plus-values taxées bénéficient d’un taux réduit de 7,5% (ou l’impôt sur le revenu si plus favorable), bien inférieur aux 12,8% du Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) du compte-titres ordinaire (CTO).

La comparaison est sans appel pour qui cherche à générer des revenus passifs peu fiscalisés à partir de son capital. Le tableau suivant synthétise les régimes fiscaux applicables, mettant en lumière l’efficacité de l’assurance vie pour les retraits après 8 ans.

Comparaison fiscale : assurance vie vs PEA vs compte-titres après 8 ans
Critère Assurance vie (>8 ans) PEA (>5 ans) Compte-titres
Abattement annuel 4 600 € (9 200 € couple) 0 € 0 €
Impôt sur le revenu 7,5% au-delà de l’abattement 0% (exonération totale) 12,8% (PFU)
Prélèvements sociaux 17,2% 17,2% 17,2%
Avantage succession 152 500 € par bénéficiaire 0 € (succession classique) 0 € (succession classique)
Plafond versement Illimité 150 000 € Illimité

Ainsi, l’assurance vie n’est pas seulement une enveloppe de capitalisation, mais un outil de distribution de revenus d’une efficacité redoutable, à condition d’avoir anticipé son ouverture pour atteindre le cap des huit ans. Le PEA est fait pour capitaliser, l’assurance vie pour capitaliser ET distribuer.

Comment calculer qu’un PEA à 6% brut vaut mieux qu’une AV à 6,5% brut pour un TMI à 41% ?

La performance brute affichée est un leurre marketing. Le seul indicateur qui compte est le rendement net net, après frais et fiscalité. Un calcul simple peut révéler des vérités contre-intuitives. Prenons un investisseur avec un TMI à 41% qui hésite entre un PEA en actions à 6% de rendement brut annuel et une assurance vie en unités de compte (UC) à 6,5%. À première vue, l’assurance vie semble plus attractive. C’est sans compter sur deux variables décisives : les frais de gestion et la fiscalité de sortie.

L’assurance vie en UC prélève des frais de gestion annuels (typiquement 0,6% à 1%), qui grignotent la performance. Le PEA, lui, n’a pas de frais de gestion sur l’enveloppe, seulement des frais de transaction. Sur le long terme, cet écart est colossal. Ensuite, la fiscalité de sortie : après 5 ans, le PEA est taxé à 17,2% sur les gains (prélèvements sociaux uniquement). L’assurance vie, même après 8 ans et au-delà de l’abattement, subit 7,5% d’IR + 17,2% de PS, soit 24,7% au total. Pour un contribuable à TMI élevé qui effectue un rachat important dépassant l’abattement, cette différence de 7,5 points de taxation change tout.

Le calcul du « point de bascule » devient alors essentiel. Il s’agit de déterminer à partir de quel horizon de temps le surcroît de frais de l’assurance vie et sa fiscalité de sortie (au-delà de l’abattement) annulent son avantage de performance brute initiale. Pour un investisseur à fort TMI qui cherche une capitalisation maximale sans besoin de retraits partiels, le PEA se révélera souvent plus performant sur 10, 15 ou 20 ans, même avec un rendement brut affiché plus faible. La clé est de ne pas s’arrêter aux apparences et de réaliser une simulation précise.

Votre plan d’action : comparer rigoureusement PEA et assurance vie

  1. Calculer le rendement brut annuel de chaque enveloppe (ex: 6% sur PEA, 6,5% sur AV).
  2. Soustraire les frais de gestion annuels pour obtenir le rendement net de frais (PEA: ~0%, AV en UC: 0,6% à 1%).
  3. Appliquer la fiscalité de sortie selon l’horizon et le montant du rachat (PEA >5 ans: 17,2% PS ; AV >8 ans: 17,2% PS ou 24,7% IR+PS au-delà de l’abattement).
  4. Projeter le capital net net sur plusieurs années (10, 15, 20 ans) en intégrant les intérêts composés.
  5. Identifier le « point de bascule » où une enveloppe surpasse l’autre spécifiquement pour votre situation (TMI et montant du rachat).

PEA, assurance vie ou PER : lequel privilégier quand vous êtes dans la tranche à 30% ?

Pour un contribuable dans la tranche marginale d’imposition (TMI) à 30%, le choix entre les enveloppes fiscales devient un véritable exercice d’équilibriste stratégique. Il ne s’agit plus de choisir une enveloppe, mais de définir une clé de répartition intelligente. Chaque produit a un rôle spécifique à jouer dans une stratégie patrimoniale globale.

Le PER (Plan d’Épargne Retraite) devient particulièrement attractif. Chaque versement est déductible de votre revenu imposable, générant une économie d’impôt immédiate de 30% du montant versé. C’est un levier puissant pour réduire votre effort fiscal annuel. En 2025, la déduction pour un contribuable à 30% peut atteindre un plafond conséquent, rendant l’outil très efficace. Cependant, cet avantage a un coût : le capital est bloqué jusqu’à la retraite (sauf cas exceptionnels) et la sortie sera fiscalisée. Le PER est donc l’outil de la défiscalisation à l’entrée et de la préparation du très long terme.

Le PEA, quant à lui, est l’instrument de la performance actions à long terme. Avec un TMI à 30%, l’alternative du compte-titres (taxé à 30% PFU) n’a aucun sens. Le PEA, avec son exonération d’impôt sur le revenu après 5 ans, est la voie royale pour capitaliser sur les marchés financiers. Il doit être alimenté pour viser une croissance maximale du capital, en acceptant une certaine volatilité.

Enfin, l’assurance vie conserve son rôle de pilier pour la liquidité et la diversification. C’est sur cette enveloppe que l’on placera les fonds nécessaires pour des projets à moyen terme (avant 5-8 ans) ou un fonds d’urgence. Elle permet aussi d’accéder à des supports plus sécurisés comme les fonds euros. Pour un TMI à 30%, une stratégie hybride est la plus pertinente : maximiser le PER pour l’économie d’impôt, alimenter le PEA pour la performance, et utiliser l’assurance vie comme socle de liquidité et de diversification.

Cette vision d’une architecture patrimoniale équilibrée permet de tirer le meilleur de chaque enveloppe fiscale. L’objectif est la complémentarité, pas l’exclusivité. Chaque euro doit être orienté vers l’enveloppe la plus pertinente pour son objectif et son horizon de temps.

L’erreur de bloquer 50 000 € sur un PER pour défiscaliser 20 000 € alors qu’on aura besoin de liquidités à 60 ans

Le Plan d’Épargne Retraite (PER) est souvent présenté comme l’outil miracle de la défiscalisation. Son mécanisme de déduction des versements du revenu imposable est certes puissant, mais il cache un coût d’opportunité majeur : l’illiquidité du capital. Verser massivement sur un PER pour obtenir une grosse économie d’impôt à court terme peut se transformer en un piège stratégique si vos besoins de liquidités à moyen terme n’ont pas été anticipés.

Étude de cas : l’impact du TMI sur l’efficacité du PER

L’attrait du PER est directement proportionnel à votre Taux Marginal d’Imposition (TMI). Prenons un salarié célibataire avec un revenu de 45 000 € (TMI 30%). Un versement de 3 500 € sur son PER lui fait économiser 1 050 € d’impôt (3 500 € x 30%). Comparons avec un cadre à 100 000 € de revenus (TMI 41%). Pour un versement de 10 000 €, son économie d’impôt est de 4 100 € (10 000 € x 41%). L’effet de levier fiscal est bien plus important pour les tranches d’imposition les plus élevées. Cela démontre que le PER n’est pas une solution universelle, mais un outil dont l’efficacité doit être calculée au cas par cas.

L’erreur classique est de sur-allouer au PER au détriment de l’assurance vie ou du PEA. Imaginons un contribuable de 55 ans qui bloque 50 000 € sur un PER. Il est ravi de son économie d’impôt. Mais à 60 ans, il souhaite financer les études de ses enfants ou acheter une résidence secondaire. Les fonds sur le PER sont inaccessibles. Il doit alors puiser dans son assurance vie, voire vendre des titres sur son PEA, alors que le capital du PER, lui, dort jusqu’à la retraite. Il a sacrifié sa flexibilité pour un avantage fiscal immédiat.

Il est crucial de se souvenir que le capital du PER est bloqué jusqu’à la retraite, sauf dans des situations bien précises et souvent dramatiques. L’achat de la résidence principale est la seule exception « heureuse » permettant un déblocage anticipé. Avant de maximiser ses versements sur un PER, il faut s’assurer d’avoir constitué une épargne de précaution et de projet suffisante sur des enveloppes liquides comme l’assurance vie.

Il existe une liste stricte de situations permettant de récupérer son capital avant l’âge de la retraite. Comme le précise la réglementation, ces cas de force majeure incluent :

  • L’achat de la résidence principale, qui est le cas le plus courant et le plus flexible.
  • Le décès du conjoint ou du partenaire de PACS.
  • L’invalidité du titulaire, de son conjoint ou d’un de ses enfants.
  • L’expiration des droits aux allocations chômage.
  • Le surendettement, validé par la commission compétente.
  • La cessation d’activité non salariée suite à une liquidation judiciaire.

Cette liste, issue de sources comme les guides spécialisés sur l’épargne retraite, montre bien que la règle est le blocage et le déblocage l’exception. Le PER doit être vu comme la dernière brique de son patrimoine, celle que l’on ne touchera qu’au moment du départ en retraite.

Quand revoir votre stratégie fiscale de placement : après une promotion, une baisse de revenus ou un changement de statut ?

Une stratégie fiscale de placement n’est pas gravée dans le marbre. Elle doit être un organisme vivant, qui s’adapte aux grands événements de votre vie personnelle et professionnelle. Un changement de situation qui modifie votre Taux Marginal d’Imposition (TMI) ou votre structure familiale doit automatiquement déclencher un audit de votre allocation d’épargne. Penser que la stratégie définie à 35 ans sera encore optimale à 50 est une erreur coûteuse.

Une promotion significative qui vous fait basculer d’un TMI de 30% à 41% rend par exemple le PER beaucoup plus attractif. L’économie d’impôt à l’entrée devient substantielle et il peut être judicieux d’arbitrer les nouveaux versements, qui allaient peut-être vers le PEA, en direction du PER pour maximiser cet avantage. Inversement, une baisse de revenus ou un passage à temps partiel qui diminue votre TMI rend le PER moins pertinent. Il faut alors privilégier l’alimentation du PEA ou de l’assurance vie.

Les changements familiaux ont également un impact direct. Un mariage ou un PACS double l’abattement annuel sur les rachats d’assurance vie (passant à 9 200 €), ce qui renforce son attrait pour générer des revenus complémentaires. L’approche de la retraite est un autre moment charnière : à 5 ans de l’échéance, il devient stratégique de sécuriser les gains et de planifier les modalités de sortie (capital, rente) pour minimiser l’imposition finale. Chaque événement de vie est un signal qui doit vous pousser à vous asseoir et à recalculer la pertinence de votre allocation actuelle, comme le synthétise le guide décisionnel suivant.

Guide décisionnel ‘Si…Alors’ pour ajuster sa stratégie
Événement Impact fiscal Action recommandée
Promotion faisant passer de TMI 30% à 41% Gain fiscal PER plus attractif Arbitrer nouveaux versements du PEA vers le PER jusqu’au plafond
Mariage / PACS Abattement AV doublé (9 200 €) Mutualiser les plafonds PER, optimiser rachats AV du couple
Passage au statut de TNS Plafond PER relevé Maximiser PER pour défiscalisation, renforcer AV pour trésorerie
Approche de la retraite (5 ans avant) Blocage PER imminent Privilégier PEA/AV pour nouvelle épargne, planifier sorties fiscales optimales
Baisse de revenus importante TMI réduit, PER moins pertinent Reporter plafonds PER non utilisés, favoriser PEA pour liquidité

PEA, assurance vie ou compte-titres : laquelle rapporte le plus net net après 10 ans et 50 000 € investis ?

Pour trancher la question de la performance, rien ne vaut une simulation chiffrée. Mettons en scène un investisseur célibataire (TMI 30%) qui investit 50 000 € et liquide l’intégralité de son placement après 10 ans. Les hypothèses sont les suivantes : un rendement de 6% par an pour le PEA et le compte-titres (CTO), et un rendement de 6,5% pour l’assurance vie en unités de compte, pour refléter une offre potentiellement plus performante mais aussi plus chargée en frais (1% de frais de gestion annuels).

Le compte-titres est le premier éliminé. Malgré des frais de courtage faibles, sa fiscalité punitive (PFU de 30% sur toute la plus-value) ampute lourdement le capital final. C’est l’enveloppe la moins efficace pour capitaliser sur le long terme.

La vraie compétition se joue entre le PEA et l’assurance vie. L’assurance vie part avec un avantage de rendement brut, mais ses frais de gestion annuels de 1% sur les UC agissent comme un frein constant sur la capitalisation. Après 10 ans, ces frais récurrents ont déjà annulé une partie de la surperformance brute. De plus, à la sortie, l’impôt de 7,5% s’applique sur la plus-value au-delà de l’abattement de 4 600 €. Le PEA, lui, ne subit que les 17,2% de prélèvements sociaux. Le résultat du calcul est sans appel : malgré un rendement brut inférieur, le PEA délivre un capital net final supérieur. L’absence de frais de gestion annuels et une fiscalité de sortie plus légère sur l’IR font la différence.

La simulation ci-dessous, basée sur une analyse comparative, illustre concrètement ce résultat. Elle prouve que pour un objectif de capitalisation pure sur une longue durée, la structure de frais et la fiscalité du PEA sont structurellement plus avantageuses.

Simulation comparative : 50 000 € investis sur 10 ans
Enveloppe Hypothèse rendement brut Frais totaux 10 ans Capital brut final Impôt sur le revenu Prélèvements sociaux Capital net net
PEA (>5 ans) 6% / an 500 € (frais d’ordre) 89 042 € 0 € 6 715 € 82 327 €
Assurance vie (>8 ans) 6,5% / an 5 000 € (frais gestion UC 1%) 88 965 € 1 825 € (après abattement) 6 702 € 80 438 €
Compte-titres 6% / an 300 € (courtage) 89 242 € 5 022 € (12,8% PFU) 6 749 € 77 471 €
Simulation pour personne seule, TMI 30%, sortie totale à 10 ans. Source des calculs : Nexipa.

Pourquoi le PEA exonère totalement vos plus-values après 5 ans alors que le compte-titres taxe à 30% ?

Cette différence de traitement fiscal, qui peut sembler être une simple niche, répond en réalité à un objectif politique et économique précis. Le Plan d’Épargne en Actions (PEA) n’est pas une enveloppe de placement comme les autres ; c’est un dispositif d’incitation créé par l’État pour une raison bien définie. Comme le rappelle le portail de l’administration fiscale, le but originel de ce produit est clair.

Le PEA a été créé en 1992 pour flécher l’épargne populaire vers le financement des entreprises françaises et européennes.

– Service Public, Impots.gouv.fr – Guide PEA

L’avantage fiscal exceptionnel – l’exonération totale d’impôt sur le revenu sur les plus-values après cinq ans de détention – est la contrepartie directe d’un ensemble de contraintes acceptées par l’épargnant. Le compte-titres ordinaire (CTO) est un Far West de liberté : univers d’investissement mondial, pas de plafond de versement, retraits libres. Le PEA, à l’inverse, est un jardin réglementé. En acceptant de jouer dans ce cadre plus strict, l’épargnant est « récompensé » par une fiscalité privilégiée.

Cette carotte fiscale a fonctionné : selon la Banque de France, les PEA représentent un encours non négligeable, orientant l’épargne des ménages vers les fonds propres des sociétés. Le CTO, lui, reste soumis au régime de droit commun des revenus du capital, le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30%, car il n’impose aucune contrainte d’investissement et ne sert pas d’objectif économique spécifique pour l’État.

Les contraintes qui justifient cet avantage fiscal du PEA sont nombreuses et doivent être bien comprises avant d’y investir, comme le détaille le site officiel Service-Public.fr :

  • Univers d’investissement restreint : Il est limité aux actions et fonds d’entreprises ayant leur siège dans l’Union Européenne ou l’Espace Économique Européen.
  • Plafond de versement strict : Les versements sont limités à 150 000 € par personne.
  • Sanction en cas de retrait précoce : Tout retrait avant 5 ans entraîne en principe la clôture du plan et la perte des avantages fiscaux.
  • Impossibilité de loger des actifs sécurisés : Contrairement à l’assurance vie, il n’est pas possible d’y inclure des fonds euros garantis.
  • Un seul plan par personne : Un contribuable ne peut détenir qu’un seul PEA.

À retenir

  • La performance brute est une métrique vaine ; seul le calcul du rendement net net (après frais et fiscalité) permet de comparer réellement les enveloppes.
  • Votre Taux Marginal d’Imposition (TMI) est le facteur clé qui détermine l’attractivité relative du PER (pour la déduction) et du PEA (pour l’exonération).
  • La liquidité a un coût : le blocage des fonds sur un PER doit être compensé par une épargne flexible suffisante sur une assurance vie.

Comment intégrer l’impôt sur les plus-values dans votre calcul de performance pour connaître votre gain réel ?

Calculer sa performance en se basant sur la valeur de son portefeuille est une erreur de débutant. Le gain n’est réel qu’une fois l’impôt payé. Chaque enveloppe ayant ses propres règles, il est indispensable de maîtriser les formules de calcul du gain net pour ne pas avoir de mauvaises surprises. L’objectif est de transformer une performance brute en un gain net tangible.

Pour le PEA de plus de 5 ans, le calcul est le plus simple : le gain réel correspond à la plus-value totale (Montant du retrait – Part de capital correspondante) diminuée des 17,2% de prélèvements sociaux. L’impôt sur le revenu est nul. Pour le compte-titres, la simplicité est aussi de mise, mais elle est douloureuse : le gain réel est la plus-value diminuée de 30% (le PFU).

Le calcul se complexifie pour l’assurance vie, mais c’est cette complexité qui cache son potentiel d’optimisation. Lors d’un rachat, le montant retiré est composé d’une part de capital et d’une part de gains. Seule la part de gains est fiscalisée. Il faut donc d’abord déterminer cette part imposable avant d’appliquer l’abattement et la fiscalité. L’exemple suivant illustre cette mécanique.

Exemple concret : calcul du gain réel sur un rachat d’assurance vie

Un épargnant détient un contrat de plus de 8 ans valorisé à 80 000 €, composé de 68 000 € de versements et 12 000 € de plus-values. Il souhaite retirer 20 000 €. La part de gains dans ce retrait n’est pas de 12 000 €, mais est calculée au prorata : 20 000 € x (12 000 € / 80 000 €) = 3 000 €. Comme cette plus-value de 3 000 € est inférieure à l’abattement annuel de 4 600 €, aucun impôt sur le revenu ne sera dû. Seuls les prélèvements sociaux s’appliquent sur cette part de gains : 3 000 € x 17,2% = 516 €. Le montant net réellement perçu par l’épargnant est donc de 20 000 € – 516 € = 19 484 €. Sans ce calcul, il aurait pu craindre une imposition bien plus lourde.

Maîtriser ces formules est la seule façon de piloter sa fiscalité. C’est ce qui permet de planifier des rachats partiels sur une assurance vie en restant sous l’abattement, ou de décider du meilleur moment pour liquider une position sur un PEA.

Formules essentielles pour votre calcul de gain réel

  1. Part de gains imposable (Assurance Vie) : (Montant du rachat × Gains totaux du contrat) / Valeur totale du contrat.
  2. Gain Réel (Assurance Vie >8 ans) : Montant du rachat – Part de capital – [(Part de gains – Abattement) × 7,5%] – (Part de gains × 17,2%).
  3. Gain Réel (PEA >5 ans) : Montant du retrait – Part de capital – (Plus-value × 17,2%).
  4. Gain Réel (Compte-Titres) : Montant du retrait – Part de capital – (Plus-value × 30%).
  5. Indicateur ultime (TRI Net) : Pour une comparaison rigoureuse, utilisez un tableur pour calculer le Taux de Rendement Interne Net, qui intègre tous les flux (versements, retraits) et la fiscalité finale.

Pour que ces calculs deviennent une seconde nature, il est fondamental de bien assimiler la méthode pour déterminer votre gain après impôt.

Maintenant que vous disposez des outils de calcul pour chaque enveloppe, l’étape suivante consiste à les appliquer pour construire une stratégie d’investissement fiscalement efficiente et adaptée à vos objectifs personnels. Évaluer vos placements actuels à la lumière de votre TMI est le premier pas vers une optimisation active de votre patrimoine.

Rédigé par Olivier Vasseur, Olivier Vasseur est diplômé de l'École Nationale des Finances Publiques (ENFiP) et a exercé pendant 13 ans comme Inspecteur des Finances Publiques au sein de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP), spécialisé en fiscalité du patrimoine et contrôle fiscal des particuliers. Expert des mécanismes d'imposition des revenus fonciers, des plus-values mobilières et immobilières, du PFU (flat tax), des prélèvements sociaux et des dispositifs de défiscalisation (PER, Pinel, FCPI, FIP), il conseille aujourd'hui les contribuables sur l'optimisation fiscale de leur patrimoine en toute conformité.